Marc DUTROUX
Né à Ixelles, le 6 novembre 1956, une semaine à peine après que son père fut parti pour le Congo. La mère de Marc Dutroux l'y rejoindra avec son bébé deux mois plus tard. Quatre ans plus tard, à l'indépendance de l'ancienne colonie, la famille reviendra en Belgique s'établir à Obaix (petite ville au nord de Charleroi).
Marc Dutroux est l'aîné de cinq enfants (quatre garçons, une fille). Un de ses frères, Serge, s'est suicidé en 1992 [1].
Son père, Victor Dutroux, est instituteur. Très instable, il dit qu'il n'a jamais vraiment cru qu'il était le père biologique de Marc.
Enfance et jeunesse
Marc n'aurait commencé à parler que vers trois ans. Le père, despotique et brutal, distribue des gifles pour des futilités, exige le silence absolu pendant sa sieste et envoie les enfants enlever les mauvaises herbes pendant leur émission de télé préférée.
A 9 ans, Marc loue des B.D. à ses camarades. Celui qui ne paie pas reçoit une gifle. Puis viennent les photos pornos qu'il vend à la cours de récréation, et les mobylettes volées.
En dépression au début de l'année 1971, son père a été interné quatre mois dans un hôpital psychiatrique, mais il dit maintenant que c'était une man½uvre de sa femme car il était marxiste léniniste dans un village à dominance catholique.
Après le départ de Victor Dutroux (il demande le divorce en 1971, alors qu'il vient d'être pensionné), Marc devient de plus en plus tyrannique avec ses frères et soeur. Puis, comme sa mère s'est remariée et qu'il ne parvient pas à chasser l'intrus, il claque la porte et va vivre seul.
Terminer une année scolaire dans une même école devient une prouesse. Mais Marc obtient malgré tout, en section mécanique, son certificat d'études techniques secondaires inférieures en juin 1973.
Il ne fera pas son service militaire car il est réformé après avoir simulé des problèmes à une oreille.
En juillet 1973, Marc DUTROUX a seize ans et demi quand il entame sa carrière professionnelle comme salarié. Jusqu'en 1980, ses employeurs se succèdent et malgré des aptitudes certaines au travail, il est licencié à deux reprises pour un absentéisme trop important. Hormis un essai non concluant de quinze jours, en juin 1985, aux Ateliers de Mécanique Générale de Nivelles, aucune activité professionnelle n'est plus renseignée.
Il commence à se croire intouchable, protégé par une force invisible.
A 20 ans, il rencontre Françoise D. à la patinoire de la Louvière. Il se marie, mais ne supporte pas que Françoise reporte son attention sur leur premier bébé (il y en aura un deuxième). Alors, il part en vadrouille avec Françoise en laissant les enfants seuls. Il abandonne son emploi d'électricien et il devient ferrailleur. Vole de tout : matériaux, bonbonnes de gaz, pièces de voitures, motos. Bricole des épaves de voitures et essaie de faire de l'argent avec tout...
Les patinoires
Au début des années 80, il se met à fréquenter les patinoires de Charleroi, de Bruxelles, de Forest et de Woluwe-Saint-Lambert.
(N.B. : Les amis d'une jeune fille retrouvée affreusement assassinée dans les débris d'une ancienne champignonnière à Auderghem, près de Bruxelles, en février 1984, ont déclaré que celle-ci venait de faire la connaissance d' un certain « Marc de Charleroi », qui fréquentait la même patinoire qu'elle à Woluwé-St-Lambert. Cet assassinat n'est pas encore élucidé à l'heure actuelle.)
On pourrait dire qu'à ce moment-là, il allait comme un nomade, de patinoires en patinoires, avec sa camionnette, dans laquelle il dormait.
Il fréquenta également les patinoires de Montignies-sur-Sambre, Namur, Valenciennes,Tournai, Bruges, où il prenait un malin plaisir à faire tomber des adolescentes pour pouvoir les toucher.
C'est à la patinoire de Forest qu'il rencontre Michelle MARTIN, en 1983, avec laquelle il va vivre en concubinage. Elle n'apprendra pas tout de suite que DUTROUX est déjà marié. Mais cela ne la gênera pas d'envisager un ménage à trois. Ce que refusera la légitime épouse, qui s'en ira avec ses deux enfants. Le 2 juin 84, Michelle MARTIN met au monde un fils.
Premiers enlèvements
DUTROUX a 27 ans lorsqu'il commet un vol de bijoux et d'argent chez une dame âgée qu'il torture avec une lame de rasoir.
Entre juin 1985 et février 1986, il entreprend, avec un complice et parfois avec Michelle MARTIN, une série de 5 rapts de mineures, qu'il enlève et séquestre dans sa maison de Marcinelle pour les violer et les filmer avant de les relâcher après un jour ou deux.
Il fait des reconnaissances autour des piscines et des écoles, note les heures et les endroits propices aux enlèvements.
A Pont-à-Celles, c'est avec une vielle camionnette dotée de fausses plaques qu'il enlève une jeune fille de 14 ans qui se rendait de grand matin à vélo à l'école. Comme il le fera plus tard, le 28 mai 1996, avec Sabine Dardenne, il embarque dans la camionnette la jeune fille et le vélo.
Une des victimes a le courage de porter plainte et de dénoncer Marc DUTROUX dont elle reconnaît la voix.
Emprisonné en 1986, il ne sera jugé avec son complice, Jean VAN PETEGHEM (décédé depuis), qu'en avril 1989.
Marc DUTROUX est condamné à 13 ans et 6 mois d'emprisonnement avec 6.000 FB (150 ¤) d'amende, VAN PETEGHEM à 6 ans et 6 mois d'emprisonnement et Michelle MARTIN à 5 ans.
DUTROUX partage sa cellule avec un détenu qui lui conseille, en boutade, de faire des caches dans sa maison pour y enfermer les filles et éviter qu'elles mouchardent.
Prisonnier modèle, DUTROUX obtient un congé pour aller soigner sa grand-mère malade et un peu démente à Jemeppe-sur-Sambre. Il joue au petit-fils aimant et gratte la saleté avec dévouement. Il reçoit encore quelques congés non accompagnés. Dès qu'il a purgé la moitié de sa peine, il demande sa libération conditionnelle et veut se faire suivre par le docteur Emile DUMONT, d'Uccle (70 ans).
Michelle MARTIN sera libérée en 1991. Dutroux sera remis en liberté conditionnelle en avril 1992. Il achète de vieilles masures dans la région de Charleroi : Marchienne-au-Pont (300.000 FB), Marchienne-Docherie (350.000 FB), Sars-la-Buissière.
Ses sources de revenus sont d'après lui des allocations d'invalidité, obtenues dès sa sortie de prison, pour dépression nerveuse ! Il y a aussi des loyers pour certains de ses habitations et hangars.
Avec un complice nommé P. CHARBONNIER, il organise une fraude à l'assurance incendie : sa maison de Marchienne brûle. Ce jour-là, DUTROUX s'est forgé un alibi : il est sur la côte Belge, avec Michelle MARTIN, à Blankenberge.
Sur les conseils et avec l'aide de ce complice, DUTROUX construit des caches pour les produits de nombreux vols et des armes. C'est à ce moment que Claude THIRAULT, qui loue une petite maison à Michelle MARTIN et commet quelques vols avec DUTROUX, avertit les gendarmes de la brigade de Charleroi en leur disant que DUTROUX « aménageait ses caves pour y loger des enfants avant de les envoyer à l'étranger ».
En été 1993, DUTROUX propose même à THIRAULT d'enlever deux petites filles lors d'une kermesse de village. Il indique ce que cela rapporte : 150 000 francs belges (3720 ¤) par fille ! Claude THIRAULT refusera net.
Fin 1992, le couple DUTROUX - MARTIN achète un nouvel immeuble à Sars-la-Buissière et s'y installe ; mais rapidement, Marc DUTROUX recentre ses activités, délictueuses ou autres, à Marcinelle (où il s'installe) et à Marchienne.
La vie commune perdure, et Michelle MARTIN participe aux travaux entrepris par son mari dans ses habitations. Deux autres enfants voient le jour, Andy (le 24 septembre 1993) et Céline (le 24 novembre 1994). Marc DUTROUX noue de nouvelles relations, avec Gérard PINON qui lui présentera Bernard WEINSTEIN, avec Michaël DIAKOSTAVRIANOS qui lui fera découvrir les voyages en Slovaquie et lui présentera Michel LELIEVRE, avec Claude THIRAULT à qui il va proposer également des enlèvements d'enfants et enfin avec Michel NIHOUL.
L'expertise psychiatrique
L'expertise conclut que Marc DUTROUX, au moment des faits, ne se trouvait ni dans un état de démence, ni dans un état grave de déséquilibre mental ou de débilité mentale le rendant incapable du contrôle de ses actes ; que son état est actuellement le même et la périculosité évidente.
Les experts semblent avoir été frappés par la propension de Marc DUTROUX à décrire sa jeunesse en termes de rejet et de manipulations malveillantes ou perverses à son égard. Il rapporte toutes sortes de mauvais coups reçus de sa mère ; ce serait exceptionnel de voir un accusé noircir sa mère à ce point.
A l'opposé, Marc DUTROUX insiste sur son propre courage, son imagination, sa volonté, son altruisme voire sa philanthropie à l'égard des plus faibles. Hormis l'élimination de Bernard WEINSTEIN, il élude tous les autres délits et ne dit pas un mot des faits de 1985 ayant conduit à sa première grave condamnation, suggérant simplement qu'il n'était pas coupable des faits qui lui étaient reprochés.
Marc DUTROUX dispose manifestement d'une intelligence opérationnelle et efficace ( Q.I. de 120) s'exprime facilement et démontre qu'il raisonne et s'intéresse à beaucoup de choses. Son attention est aiguë et sa mémoire importante, mais sélective. Elle est plus fine quand il s'agit de mettre en évidence les détails le désignant comme une malheureuse victime d'une méchante société.
Les experts ne pensent pas que, malgré l'âge des victimes enlevées, Marc DUTROUX appartienne à la catégorie des pédophiles.
A aucun moment, l'âge des victimes n'a semblé éveiller en lui un quelconque affect, ni jouer un rôle particulier, si ce n'est par la plus grande facilité à les kidnapper, les manipuler et les séquestrer. De même Marc DUTROUX s'oppose formellement à ce qu'on le taxe d'homosexualité, une relation de ce type, passagère, selon lui, ayant été purement utilitaire.
Chez lui, les règles sociales sont parfaitement connues, mais elles sont refusées comme autant de contraintes inacceptables, ou utilisées, mais alors à son profit. Les experts estiment que Marc DUTROUX manipule tout le monde, eux-mêmes y compris. L'examen qu'ils ont fait du dossier INAMI et du dossier du Docteur DUMONT (le médecin qui a suivi Marc DUTROUX depuis sa libération d'avril 1992 jusqu'à son arrestation d'août 1996), leur démontre que ces experts-là étaient également manipulés.
Les faits reprochés à Marc DUTROUX
Marc Dutroux avoue avoir enlevé An MARCHAL, Eefje LAMBRECKS,Sabine DARDENNE et Laetitia DELHEZ. Il avoue certains viols. Mais il nie avoir enlevé Julie LEJEUNE et Mélissa RUSSO. Il dit qu'un jour ( juillet, août 1995 ?), il a découvert chez lui les deux petites filles. Il les a gardées, déclare-t-il aux enquêteurs, simplement « pour agrandir sa famille »
Il avoue également l'élimination de son « ami » Bernard Weinstein, qu'il a enterré, endormi, dans le jardin de son épouse à Sars-La-Buissière.
Marc Dutroux est accusé des faits suivants :
Seul
d'être le chef d'une association de malfaiteurs impliquée dans les enlèvements et séquestrations de six personnes ;
de l'enlèvement de Julie et Mélissa ;
de l'assassinat d'An, Eefje et WEINSTEIN ;
de la séquestration, avec l'aide de Weinstein, de ROCHOW, DIVERS et JADOT, avec menaces de mort et tortures corporelles ;
de tortures cordporelles ayant entraîné la mort dans le cas de WEINSTEIN ;
du viol de Julie, Mélissa, An et Eefje, avec tortures corporelles, séquestration et mort ;
du viol de Sabine et de Laetitia avec tortures corporelles ou séquestration ;
de vol au préjudice de ROCHOW et DIVERS ;
Avec MARTIN
de la séquestration de Julie et Mélissa (avec menaces de mort et tortures corporelles ayant entraîné la mort) ;
du viol de Yancka M. (jeune fille slovaque) ;
Avec LELIEVRE
d'être membre d'une association de malfaiteurs impliquée dans le trafic d'ecstasy et le trafic de faux documents et autres faux ;
de l' enlèvement d'An, Eefje et Sabine ;.
de trafic d'héroïne et haschich ;
Avec LELIEVRE et NIHOUL
de l'enlèvement de Laetitia ;
de trafic d'ecstasy ;
Avec MARTIN et LELIEVRE
de la séquestration d'An et Eefje, avec menaces de mort et tortures corporelles ayant entraîné la mort ;
de la séquestration de Sabine, avec menaces de mort et tortures corporelles ;
Avec MARTIN, LELIEVRE et NIHOUL
de la séquestration de Laetitia avec menaces de mort et tortures corporelles